Lettre de prison du 15 Février 1941
Alcide GABARET
Maison d’arrêt
9 rue Descartes
Nantes
Nantes le 15-2-41
Chers Parents
Comme le Directeur a dû vous l’annoncer, je suis depuis mercredi à Lafayette.
Deux de mes camarades sont venus me rejoindre jeudi.
Je ne vous ai pas écrit plus tôt car nous avons droit à deux lettres par mois : 1 le 15 et une le 28.
Le matin, on se lève à 7h ½, on a la soupe à 9 heures, la ration de pain, puis à 4 heures on à la 2ème soupe.
On se couche à 6h ½.
Il y a un camarade qui a reçu un colis à l’instant. Je vous jure qu’il a été le bienvenu. Surtout, ne vous faîtes pas de
mauvais sang pour moi. Je vous en supplie.
Je vais demander la permission de faire rentrer mes livres, car, comme nous sommes trois, nous pourrons peut-être
travailler.
Nous avons le droit de recevoir des colis de vivres, il paraît qu’il n’y a pas longtemps. J’espère que Mme Sudre pensera
à nous.
Nous ne savons pas encore pour combien nous sommes ici, ce n’est pas encore décidé.
Il y a un lycéen qui est très gentil.
Nous essayons d’appliquer ce que nous disent ceux qui sont ici ; on essaie de tuer le temps le mieux possible, les jours
succèdent aux jours et ils sont tous les mêmes.
Le plus long est d’attendre d’être passé en jugement, car on ne sait pas pour combien de temps on est ici.
Envoyez-moi le plus tôt possible le gros pullover que j’ai laissé là-bas à Noël.
Je continue la lettre que j’ai commencée tout à l’heure.
Je vous redis une chose : surtout ne vous faîtes pas de mauvais sang pour moi.
Il y a ici un prêtre, un ancien élève de l’école. Ils sont tous très gentils. Ils sont toujours prêts à rendre service.
Nous n’avons qu’une chose à faire : attendre et espérer que j’irai aux Sables le plus tôt possible.
Sur les deux qui sont avec moi ici, il y a en un qui est de Guingamp, l’autre est de Nantes.
J’espère que le boulot va à peu près et que le temps est beau.
Quel est le concours que Jane préparait ? Vous m’en parliez sur votre lettre, mais je ne sais pas de quel examen il s’agit.
Je m’arrête ici, car j’ai la tête vide et je ne peux plus penser à rien.
Je vous demande une dernière fois de ne pas vous inquiéter pour moi.
Bons baisers à tous et à …

